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Les craintes liées à la dérive des comptes publics de plusieurs pays de la zone euro, au premier rang desquels la Grèce, ont provoqué une très forte hausse des rendements sur les dettes souveraines. Le rendement des emprunts grecs, après avoir touché un point haut à 7,1% est revenu à 6,61% plus du double de celui de lAllemagne (3,12% le 5 février). Les emprunts portugais et espagnols ont été touchés par un effet de contagion (respectivement 4,74% et 4,14%). Parfois jugées exagérées, les craintes nen sont pas moins justifiées. La Grèce souffre à la fois dune défiance quant à la viabilité de ses comptes (le déficit a été minimisé au moment de lentrée dans leuro, il a été révisé pour 2009 de 5 à 12,7% du PIB !) du caractère à la fois élevé de son déficit, mais aussi de sa dette (à lopposé de lEspagne par exemple), et du fait que son déficit est largement structurel. Les inquiétudes portent aussi sur la mise en uvre des programmes de redressement annoncés. Revenir dun déficit de 13 points de PIB à 3 points en à peine 3 ans suscite des doutes compte tenu des effets restrictifs sur la croissance. Lacceptabilité sociale du gel des rémunérations dans le secteur public, de la réduction des effectifs de fonctionnaires, la perspective dune réforme des retraites nest pas toujours évidente. En Espagne, les observateurs sinterrogent sur les hypothèses de croissance qui paraissent optimistes dans un pays marqué par une crise immobilière et sur la capacité du gouvernement à imposer lajustement budgétaire aux régions autonomes. Au Portugal, le souci vient de la faiblesse du potentiel de croissance et du niveau très élevé de lendettement privé. Ainsi la demande privée ne saurait modérer lincidence négative du redressement des comptes publics sur lactivité.
Sans surprise, des scénarii extrêmes ont vu le jour. Le scénario catastrophe dune sortie de leuro est des plus improbables. A lopposé de ce que lon avait observé en 1993 avec léclatement de la crise du SME, un éventuel sortant ne bénéficierait pas dune baisse des taux dintérêt mais pâtirait plutôt de leur hausse en raison du risque accru dinflation et du retour du risque de change. La charge de la dette exprimée dans un « nouveau drachme » par exemple bondirait, tandis que les épargnants disposant davoirs en euros ne manqueraient pas de sengager dans un « bank run ». Nen déplaise à ceux qui prônent leur sortie de la zone, les pays du nord nauraient rien à y gagner compte tenu des effets négatifs qui en résulteraient pour leur compétitivité. Il est tout aussi improbable que lEurope laisse la Grèce faire défaut. Même si la BCE ne peut en vertu du Traité de lUnion assister un pays confronté à des problèmes de financement, un sauvetage de la part de lUE serait difficilement évitable (mobilisation des fonds structurels, banque européenne dinvestissement
). Un prêt de la part de tel ou tel état membre apparaît toutefois plus délicat avec dune part, la question de lacceptabilité de la part de lopinion publique du pays prêteur, dautre part du fait de lacceptabilité des conditions dont un tel prêt serait accompagné pour le pays emprunteur, sans compter bien sûr la question de laléa moral. Cela explique pourquoi certains observateurs tels O. ISSING ou encore linstitut Bruegel recommandent le recours au FMI dont les interventions pourraient se faire à des conditions financières moins dures et qui surtout pourraient saccompagner de pressions sur le gouvernement des débiteurs plus faciles à exercer que pour un Etat. Le FMI ne dispose-t-il pas de lexpertise en la matière ? Cette préconisation se heurte toutefois à un obstacle de taille puisquelle conduirait à admettre que lEurope est incapable de gérer elle-même ses problèmes internes.
Au-delà, la crise actuelle soulève plusieurs questions de fond. Le Pacte de Stabilité et de Croissance na pas été mis en oeuvre avec toute la rigueur nécessaire comme en témoigne lévolution des comptes publics de la Grèce ou du Portugal : mettre à profit les périodes de bonne conjoncture pour constituer les marges de manuvre souhaitables pour faire face aux épisode de basses eaux est resté un vu pieux, autrement dit la politique budgétaire est restée trop souvent pro-cyclique. Si le dispositif saccompagne dune clause de circonstances exceptionnelles, il pâtit de manière patente de labsence dun mécanisme de gestion des crises. Plus fondamentalement, la baisse des taux, qui a accompagné laccession a leuro, a stimulé lendettement public ou privé, parfois le gonflement de bulles immobilières et la demande interne des pays concernés a été soutenue. Leur perte progressive de compétitivité prix sy est conjuguée pour creuser les déficits courants. Les divergences de comptes extérieurs ne posent pas de problème fondamental dans une vraie union monétaire (une zone monétaire optimale avec entre autres caractéristiques la souplesse des rémunérations, la mobilité géographique du travail, le fédéralisme budgétaire, permettant de pallier les conséquences de la perte dune politique monétaire indépendante et limpossibilité de recourir aux ajustements de change). Dans un tel contexte, le financement des zones déficitaires seffectue automatiquement par le biais dun budget central ou fédéral. Tel nest pas le cas de la zone euro. Les divergences normales dans une vraie zone monétaire rencontrent des limites dans la zone euro. Elles ne sont pas non plus palliées par un minimum de coordination des politiques économiques grâce à laquelle les pays en excédent stimulerait leur demande interne tandis que les pays à besoin de financement prendraient les mesures nécessaires propres à redresser leur compétitivité. Contrairement aux espoirs de certains, la zone euro nest pas devenue avec le temps une zone monétaire optimale. On pourrait espérer que la crise conduise à amender le dispositif en ce sens. Nous en resterons loin, aussi longtemps que persistera la réticence de certains partenaires à lidée dun gouvernement économique.
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